Portraits

LA PANTHèRE NOIRE DE BENFICA

Da Silva Ferreira Eusebio

Il n’a pas disputé une seule CAN avec son pays, le Mozambique, qui se battait pour son indépendance. Mais Da Silva Ferreira Eusebio a marqué le football mondial par son talent et son punch. Il a été le maître à jouer de la puissance coloniale : le Portugal.

À l’instar de tous les grands du football international, Eusebio da Silva Ferreira a connu une ascension fulgurante. En janvier 1961, il a à peine 18 ans lorsque les recruteurs du Benfica Lisbonne le «kidnappent» dans sa ville natale, Lourenço Marques- aujourd’hui, Maputo – au nez et à la barbe de leurs concurrents du Sporting du Portugal. à l’Estadio de la Luz, l’entraîneur, Bêla Guttman, a vite fait de remarquer la force de tir et de démarrage du jeune Mozambicain. Le 2 mai 1962, à Amsterdam, ce sont les Madrilènes du Real, rois de la Coupe d’Europe, qui découvrent, à leurs dépens, le punch d’Eusebio. Celui-ci réussit au cours d’une finale palpitante deux buts et offre le trophée à son club (5-3). Les deux finales suivantes (1963 et 1965) contre des clubs milanais sont malheureuses. Mais Eusebio est au «top-niveau» européen. Buteur insatiable de Benfica et du Portugal, il est le leader d’attaque d’une sélection qui marque de son style débridé la World-Cup en 1966. Avec neuf buts, dont quatre contre la Corée du Nord, la «Panthère noire» termine la compétition en tête des réalisateurs. Tireur remarquable, avec des frappes du pied droit foudroyantes, dribbleur long, tout en force et en jaillissements, il a droit au surnom de «Pelé européen», lui, l’Africain !

Un Africain, un vrai ! 

En 1960, une blessure sérieuse au genou faillit briser net sa carrière. Eusebio se reconvertit, à 27 ans, en stratège lucide et inspiré et convainc de sa classe les puristes. La police secrète du dictateur Salazar le suit partout. Elle le soupçonne de soutenir la lutte héroïque et indépendantiste de son pays. Rétabli en 1975, il franchit l’Atlantique et monnaye le reste de ses immenses qualités dans le football nord-américain, avec les Boston-Minutemens, puis avec les Toronto-Métros-Croatia. Une fois l’expérience terminée, Eusebio regagne Lisbonne où il s’installe. Il dispense son savoir aux jeunes de Benfica. Il reste très attaché à son pays, devenu entre-temps indépendant, et le visite souvent. En février 1985, il est solennellement décoré par l’ex-président, Samora Machel, à Maputo. Si, en raison d’un anachronisme politique, Eusebio n’a jamais porté les couleurs du Mozambique, ni connu les compétitions africaines, il n’en demeure pas moins qu’il a fait beaucoup pour la renommée du ballon en Afrique. Sa mort a été ressentie comme une grande perte pour le football mondial, et le Mozambique, tout comme le Portugal, ne lui ont pas trouvé de successeur, malgré l’arrivée de Cristiano Ronaldo.

– Faouzi MAHJOUB

 

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