Portraits

LE LUTIN A LA DOUBLE DÉTENTE 

Tasfaout Abdelhafid

Islam Slimani impose une cadence infernale dans la course au but avec les Verts. Mais le record de Tasfaout Abdelhafid a encore de beaux jours…

Que ce soit sur terre ou sur air, il avait toujours ce dixième de seconde qui faisait la différence. Les défenseurs athlétiques et les gardiens de but, notamment africains, n’en revenaient pas. Il reste le meilleur buteur de tous les temps avec les Verts. Quand Abdelhafid chute lourdement à la suite d’un choc avec le Malien Fousseïni Diawara, lors de la Coupe d’Afrique des nations 2002 à Bamako, toute l’Algérie retient son souffle. Heureusement que l’un des soigneurs de l’équipe était rapidement à ses côtés, alors qu’il suffoquait. Il avait «avalé» sa langue. À 32 ans, l’attaquant algérien avait depuis longtemps conquis les cœurs des sportifs par son talent, sa générosité et sa volonté. Ils ne savaient pas que c’était là son dernier match avec les Verts. Dans la famille Tasfaout, originaire de Mecheria, on a le football dans le sang, mais également un papa boulanger qui fait passer les études avant la griserie des terrains de jeu. Comme son frère Hamida, le prodige d’Oran des années 1970, Abdelhafid possède un pied gauche magique et une double détente qui surprend plus d’un défenseur. Il débute à la Sonatiba, un club d’entreprise puis au Mouloudia d’Oran en cadets. Puis, après une petite pause au Rail oranais, il rejoint son frère à l’ASM. Oran. Puis, à la suite d’un imbroglio administratif dénoncé avec fracas par les dirigeants asémistes, il retourne au club rival, le Mouloudia. La Fédération tranche par une suspension d’un an. Heureusement quatre mois plus tard, un arrangement est trouvé. Il faut dire que le président de l’époque, Kacem Elimam, avait sensibilisé les compagnons de la H’sira en leur jurant que Abdelhafid avait le même jeu de tête que Freha Abdelkader dit «Tête d’or». C’était suffisant pour les mettre en appétit pour contacter leurs frères de l’ASM Oran et un membre du Bureau fédéral de la FAF. Un compromis fut vite trouvé, à l’image de celui de Saïb Moussa quelques années auparavant.

Etudes et football 

A 16 ans, de nouvelles perspectives s’ouvrent à lui. Il suit de pair les études et le football où il est bien plus heureux que son frère qui dispute deux finales malheureuses de Coupe d’Algérie (1981 et 1983) avec l’ASM. Oran. En cinq saisons au Mouloudia, il ouvre son palmarès par un titre national en 1993 et devient,  tout au long des années 1990, un élément essentiel des Verts. Ses prouesses techniques arrivent aux oreilles de Guy Roux, l’entraîneur d’Auxerre (division Une) grâce à Saïb Moussa, son coéquipier en équipe nationale. En concurrence avec l’international français, Diomède Bernard, sur le flanc gauche et victime d’une méchante blessure au genou, il est contraint à changer d’air après avoir enlevé le titre de champion de France (1996). Deux années plus tard, le bachelier et futur ingénieur oranais est transféré à Guingamp avec pour mission de la faire accéder en division Une. Il y parvient tout en faisant valoir ses qualités de buteur. À 33 ans, en 2002, il quitte la France pour un dernier challenge dans les pays du Golfe. Les supporters du Mouloudia d’Oran n’ont qu’un seul regret. Celui de ne pas l’avoir vu longtemps porter les couleurs du club. Et certains vont même à dire qu’il n’a pas marqué l’histoire des Hamraoua comme Freha, Belkedrouci, Nehari, Meguenine ou encore Belloumi. «C’est le Mouloudia qui a fait de lui un grand joueur et non l’inverse», confient-ils. Toutefois, il y a lieu de reconnaître qu’il a été pour beaucoup dans le parcours des Verts durant une décennie.

– AB. LAHOUARI 

 

 

 

 

 

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