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La fabuleuse histoire de la Coupe d’Afrique du Nord 1930-1956

Un nouvel ouvrage coécrit par Ahmed Bessol Lahouari et Nazim Bessol est venu enrichir la littérature sportive nord-africaine. Notre confrère Nazim que l’on peut présenter comme un historien qui n’est pas à son premier coup d’essai, en parle avec toute la passion qui l’anime pour le sport et l’écriture. Entretien réalisé par Larbi Balta (La Nouvelle République)

La Nouvelle République : Vous venez de publier votre dernier ouvrage, «La fabuleuse histoire de la Coupe d’Afrique du Nord–Les Carnets secrets de la Mauresque -1930-1956». 

Nazim Bessol : Il s’agit de la plus prestigieuse compétition inter-club du siècle dernier, du temps de la colonisation. Elle est organisée par l’Union des Ligues Nord-africaines de football (ULNAF) qui a vu le jour, sur ordre de l’Administration coloniale française. Cette dernière l’a créé pour célébrer le centenaire de sa présence en Algérie (1930) avec comme arrière-pensée politique l’unification par le sport de la Tunisie, l’Algérie et le Maroc. Au fil du temps, cette épreuve est devenue un instrument de lutte pour la décolonisation tout aussi puissant et efficace que les armes, par les nationalistes de trois pays.

Vous faites référence à la prestigieuse équipe du FLN ?
L’équipe du FLN est née deux années après que la dernière finale de la Coupe d’Afrique du Nord soit annulée. Elle devait opposer deux clubs de Sidi Bel-Abbès, le Sporting Bel-Abbès et son armada de légionnaires à l’USMBA, club musulman qui avait dans ses rangs, le légendaire Larbi Ben Barek. Je pense que d’un point de vue historique, la rencontre en 1954 France – Sélection d’Afrique du Nord, à Paris, a contribué à la naissance de cette belle et respectable équipe du FLN. Mais, il s’agit dans cet ouvrage du parcours des clubs musulmans nord-africains et des obstacles tant administratifs que techniques que leur dressait l’administration coloniale. Il s’agit également de la rivalité qui les opposait aux clubs européens. Tout cela avec des anecdotes souvent drôles parfois tristes.

Revenant à cette fameuse Mauresque, pourquoi ce nom et que représentait-elle à l’époque ?

La Coupe était représentée par une belle Mauresque avec Seroual et Khokhal, d’où son appellation. Pour le Marocain Just Fontaine, le meilleur buteur de la Coupe du monde 1958. «Ceux qui ont conquis le trophée sont entrés, dans la légende du football nord-africain.» Un trophée très convoité annuellement par les meilleures équipes de l’époque (MC Alger, US Marocaine, WA Casablanca, Espérance de Tunis, CDJ – Oran, USM. Oran, RU Alger, AS. St Eugène…) et les meilleurs joueurs d’Afrique du Nord, dont beaucoup ont renforcé les rangs de l’équipe de France (Ben Bouali – RU Alger, Just Fontaine – Mario Zatelli – US. Marocaine, Mahjoub Abderahmane (US Casablanca), Bastien – CDJ – Oran, Larbi Ben Barek – USM Bel-Abbès, Sauveur Rodriguez – USSCT Témouchent)… Des souvenirs que les acteurs eux-mêmes racontent, sur 207 pages dont la moitié sont illustrées par des photos personnelles de l’époque – avec beaucoup de nostalgie, d’émotion.

Racontez-nous ça !

J’ai pris le train en marche. J’étais encore étudiant lorsque Ahmed Bessol posait la première pierre (1998), de ce projet titanesque. Ce fut lors d’une rencontre en 1990, à Rome, avec Fernand Sastre (un Pied-noir de Kouba) alors président de la Fédération française de football. Au cours de la discussion, il apprend que c’est lui qui avait ramené, dans ses bagages, en France, le trophée en juillet 1962. Un trophée qui n’aurait jamais dû quitter le territoire puisqu’il était né en Algérie et que les deux derniers finalistes étaient de Bel-Abbès. Après plusieurs années de recherche, il a été retrouvé par Ahmed Bessol en 2000 au Centre de football de Clairefontaine en France.

Ça remonte à loin ?

Oui… (rire), ça peut paraître fou, mais il n’y pas que le livre, il y a aussi un documentaire qui doit suivre. C’est le projet le plus compliqué et certainement le plus long, certainement celui d’une vie. Un projet qui est naturellement passé par plusieurs phases : réflexion maturation, recherches identifications des témoins, rencontres avec les acteurs dans les quatre pays (Algérie, France, Tunisie, Maroc), récolte d’archives… et à chaque rencontre, de nouvelles pistes, pratiquement une autre vérité s’imposait à nous. Il était devenu important pour nous de transmettre aux générations présentes et futures, ce pan de l’histoire de notre football.

En fait, il s’agit d’un travail d’historien

En tous les cas, plus qu’un travail de journalisme ou d’investigation. Il s’agit d’une œuvre historique majeure pour l’ensemble de la région (Afrique du nord) et… de la France. La Mauresque ne s’est jamais racontée avec autant de précision et d’exactitude. Nous avions peut-être au début des idées toutes faites, elles ont laissé place au fur et à mesure des rencontres avec les acteurs à des réalités et des faits historiques incontestables. Nous nous sommes éclipsés pour céder la place à la Mauresque. Une forme d’écriture assez originale.

Pourquoi la finale de la dernière édition de 1956 n’a pas eu lieu ?

La réponse est bien évidemment dans le livre, tout comme un certain nombre d’anecdotes et faits aussi tristes parfois que comiques. C’est précisément une des questions qui est à l’origine de cette formidable aventure à travers laquelle, j’ai personnellement rencontré une trentaine d’acteurs qui ont marqué cette épreuve des trois pays (Les Marocains : Just Fontaine, Zatelli, Benchekroun, Mahjoub, Si Mohamed… Les Algériens : Ben Bouali, Guella, Daouadji, Nehari, Sebkaoui, Khabatou, Hasni, Baghli, Sabi, Kader Firoud, Aber, Gros, Calatayud, Ammar, Boudjelal dit Tchingo, Si Kouider Bendjahene, les Pieds Noirs, Marcel Salva, Ruiz, De Villeneuve, Poizat, les frères Couard… Les Tunisiens : Benacef, Di Martino, le buteur de la finale de 1936 avec Italia Tunis). Tous, des stars qui ont fait rêver plusieurs générations.

C’est un secret, cette finale qui n’a pas eu lieu ?

Ce que je peux vous dire, c’est que contrairement à ce qui a été raconté, ici et là, vous serez surpris en lisant le livre, de connaître les vraies raisons de cette finale non-jouée et les conséquences qu’elle a engendrées. Alors bonne lecture !

Entretien réalisé par Larbi Balta 

«La fabuleuse histoire de la Coupe d’Afrique du Nord – Les Carnets secrets de la Mauresque -1930-1956» – Media Sport Edition – Prix : 1300 dinars. 

 

 

 

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